Etude : Le changement climatique va mettre sous pression les vignes et la nature dans le monde entier

4/7/2013

Arlington, Virginie (USA)  – Le cépage de votre vin favori pourrait-il pousser à côté d’un orignal dans le parc national de Yellowstone ou dans les plaines de Russie occidentale ? C’est ce que laisse penser une nouvelle étude réalisée par une équipe de chercheurs internationaux et dirigée par l’organisation Conservation International. Leur principale découverte : le changement climatique aura un impact important sur de nombreuses régions actuellement reconnues pour la viniculture, et déplacera cette pratique vers des zones inhabituelles, ce qui affecterait ou mettrait probablement sous pression les ressources naturelles essentielles et les écosystèmes sur lesquels s’appuient les espèces humaines et animales.

L’étude a été publiée aujourd’hui dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS, Débats de l’Académie nationales des sciences) et est la première analyse mondiale de l’impact du changement climatique sur la viniculture et la protection de l’environnement. Elle a découvert que les surfaces adaptées à la production de vin vont diminuer de 73 % dans le pire des cas d’ici 2050 dans certaines régions du globe, ce qui mettra sous pression les rivières et les autres écosystèmes d’eau douce, car les vignobles utilisent l’eau pour rafraichir le raisin ou pour irriguer afin de compenser les hausses de température et la diminution de la pluviosité.

Le Docteur Lee Hannah, principal auteur et chercheur sur les questions de biologie liées au changement climatique au nouveau Centre Betty et Gordon Moore pour la science des écosystèmes et de l’économie de Conservation International, a déclaré : « Le changement climatique va repousser les zones vinicoles potentielles partout dans le monde. Ces changements mettent sous pression les animaux sauvages, ainsi que la capacité de la nature à supporter la vie humaine, à des endroits inattendus. Les campagnes de sensibilisation des consommateurs et de l’industrie, et pour la protection de la nature, sont nécessaires pour aider à maintenir une quantité suffisante de vin de qualité sans conséquence néfaste pour la nature, et les biens et services que celle-ci procure aux humains. Ce n'est que le debut – ce sera la même chose pour d’autres types de cultures. »

Les chercheurs ont étudié neuf des principales régions vinicoles sur la première cartographie de l’avenir du vin, en s’appuyant sur de nombreux modèles de compatibilité vinicole. Les régions analysées de manière plus détaillée sont : la Californie, l’ouest de l’Amérique du nord, le Chili, la partie européenne du bassin méditerranéen, l’Europe du nord, le royaume floral du Cap en Afrique du Sud, des régions d’Australie avec un climat méditerranéen, des régions d’Australie avec un climat non-méditerranéen et la Nouvelle-Zélande.

Une autre découverte importante est que de nouvelles régions, y compris des régions à l’ouest de l’Amérique du nord et dans le nord de l’Europe, vont devenir plus productives. Ces régions sous des latitudes plus au nord et à plus haute altitude deviendront de plus en plus adaptées à la viniculture et seront recherchées par les viticulteurs en quête de conditions climatiques idéales pour la croissance de raisins destinés à la viticulture.

Ceci aura des implications pour la protection des animaux sauvages et des écosystèmes dans des régions aussi diverses que le parc national de Yellowstone et la Chine centrale, où de nouvelles zones adaptées à la viniculture vont s’ouvrir dans la zone d’habitat naturel du panda géant. Les vignobles bien établis ont un effet durable sur la qualité de l’habitat des espèces indigènes car ils entrainent, par exemple, l’élimination de la végétation naturelle, la pulvérisation de produits chimiques et l’utilisation de clôtures. Selon l’étude, la principale zone de compatibilité grandissante avec la viniculture se situe dans les Montagnes Rocheuses près de la frontière entre les Etats-Unis et le Canada, ce qui représente une menace pour le grizzli (Ursus arctos), le loup gris (Canis lupus) et le pronghorn (Antilocapra americana).

« Le changement climatique va aboutir à une concurrence pour la terre entre l’agriculture et la nature – la vigne n’en est qu’un exemple. Ce phénomène pourrait avoir un impact désastreux sur la nature. Heureusement il existe des solutions proactives. Nous sommes en train de développer des programmes incitatifs avec les propriétaires privés de terres, pour assurer un habitat aux animaux sauvages en même temps que nous accroissons notre capacité à nourrir dans l’avenir une population planétaire en expansion, dans un contexte de changement climatique », a déclaré le Docteur Rebecca Shaw, co-auteur de l’étude, chercheuse en climatologie et Vice-présidente associée pour le programme dédié à la terre, l’eau et la faune sauvage de l’Environmental Defense Fund.

Solutions

Les auteurs de l’étude concluent que les raisins viticoles sont autant de symboles de la grande variété de cultures dont le déplacement géographique consécutif au changement climatique aura des implications importantes pour la protection de la nature, et que des stratégies d’adaptation sont nécessaires et urgentes pour maintenir la productivité et minimiser l’impact sur les écosystèmes terrestres et d’eau douce. Parmi leurs principales recommandations figurent :

  • La planification conjointe de l’expansion des vignobles entre les responsables commerciaux et les défenseurs de l’environnement pour éviter les zones fortement importantes d’un point de vue environnemental;
  • L’investissement dans de nouvelles variétés de raisins offrant des goûts similaires mais dotées de capacités d’adaptation au changement de climat ;
  • La sensibilisation des consommateurs (via l’achat de vins utilisant des bouchons naturels, et provenant de vignobles ayant adopté des pratiques respectueuses de l’environnement).

Patrick Roehrdanz, de la Faculté Bren à l’Université de Californie à Santa Barbara et l’un des auteurs de l’étude, a ajouté : « les consommateurs peuvent remplir leur rôle en achetant des vins provenant de vignobles qui participent à des programmes comme la California Sustainable Winegrowing Alliance ou la South African Biodiversity and Wine Initiative, et en apportant leur soutien à des organisations qui recherchent des solutions comme Vinecology, Conservation International ou l’Environmental Defense Fund»​

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Contenu à la disposition des médias :

Photos et cartographies disponibles au téléchargement (indication obligatoire des crédits photographiques)http://bit.ly/10vfD0R 

Blog de l’auteur principal: http://blog.conservation.org/2013/04/climate-change-puts-the-squeeze-on-wine-prouction 

 

Accéder à l’article: www.conservation.org/climate-wine-conservation