Les Scientifiques Publient un Avertissement et un Plan de Protection de «carbone bleu» pour la Terre

3/23/2011

Intervention urgente nécessaire pour interrompre les émissions de carbone croissantes résultant de la dégradation ou de la destruction des écosystèmes marins côtiers

Arlington, Virginie/Gland, Suisse/Paris, France — La destruction des écosystèmes de carbone côtiers, tels que les mangroves, les herbiers marins et les marais salants provoquerait des émissions rapides et durables de CO2 dans l'océan et l'atmosphère, selon 32 des plus éminents scientifiques marins du monde.

Cette conclusion essentielle souligne une série d'avertissements et de recommandations élaborés par le nouveau Groupe de travail scientifique international sur le carbone « bleu », qui a tenu son premier colloque à Paris le mois dernier. Ce groupe de travail a été constitué en tant que première étape de l'avancée vers les objectifs en termes de science, de gestion et de politique de l'Initiative Carbone Bleu, dont les membres fondateurs comprennent Conservation International (CI), l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et la Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) de l'UNESCO.

Une grande partie du carbone émis par les mangroves, les herbiers marins et les marais salants détruits remonterait à des milliers d'années : en effet, le CO2 stocké dans ces écosystèmes est présent non seulement dans les végétaux, mais aussi dans les couches de sédiments enterrés. Les dépôts de carbone accumulés par kilomètre carré dans ces systèmes côtiers pourraient être cinq fois plus importants que ceux des forêts tropicales. Ils sont en effet jusqu'à 50 fois plus absorbants pour le carbone que les végétaux que l'on rencontre sur une superficie équivalente de forêt tropicale. La gestion des écosystèmes côtiers peut venir compléter les efforts déployés pour réduire les émissions de carbone liées à la dégradation des forêts tropicales.

Selon les recommandations des scientifiques du Groupe de travail sur le Carbone bleu, lequel rassemble des experts issus de 11 pays et cinq continents, les connaissances actuelles en termes de réserves et d'émissions de carbone par les écosystèmes côtiers dégradés ou transformés sont « suffisantes pour justifier le renforcement immédiat des mesures de gestion ».

Le Dr Emily Pidgeon, Directrice du Changement climatique marin chez Conservation International et éminente spécialiste de la conservation du carbone bleu, souligne : « nous connaissons depuis quelque temps l'importance des écosystèmes côtiers pour les pêcheries et pour la protection du littoral contre les tempêtes et les tsunamis. Nous découvrons aujourd'hui que, s'ils sont détruits ou dégradés, ces écosystèmes côtiers deviennent de gros émetteurs de CO2 et le restent pendant des années après l'élimination des végétaux. Plus simplement, cela s'apparente à une lente hémorragie prolongée difficile à stopper. Nous devons donc de toute urgence interrompre la dégradation de ces écosystèmes riches en carbone, afin de ralentir la progression du changement climatique. »

L'assèchement d'un milieu humide côtier typique, comme une mangrove ou un marais, libère 0,25 millions de tonnes de dioxyde de carbone par kilomètre carré pour chaque mètre de terre perdu. Les données mondiales révèlent que les herbiers marins, les marais salants et les mangroves sont en cours de dégradation, voire de destruction rapide le long des côtes du monde entier. En fait, entre 1980 et 2005, 35 000 kilomètres carrés de mangrove ont disparu dans le monde, soit une superficie équivalente à celle de la Belgique. Ces surfaces dégradées continuent à libérer jusqu'à 0,175 gigatonnes de dioxyde de carbone par an — l'équivalent des émissions annuelles de pays tels que les Pays-Bas ou le Venezuela.

La directrice générale adjointe et Secrétaire exécutive de la COI, Wendy Watson-Wright, ajoute : Les études scientifiques ont démontré que même si les mangroves, les herbiers marins et les marais salants représentent moins de 1 % de la biomasse végétale totale sur la terre et dans les forêts, ils recyclent à eux seuls presque la même quantité de carbone que les 99 % restants. Par conséquent, le déclin de ces écosystèmes absorbant le carbone est un sujet de préoccupation justifié.

Au terme de trois jours de rencontres à Paris, les scientifiques ont conclu leur réunion en établissant une série de priorités et de recommandations essentielles:

  • Renforcement des efforts de recherche nationaux et internationaux : il s'agit notamment de développer les réserves et les méthodologies de calcul des quantités de carbone côtier, de procéder à des inventaires du carbone, à des recherches ciblées et à une surveillance permettant de quantifier précisément les émissions de gaz à effet de serre liées à la destruction des écosystèmes côtiers, et d'organiser une série de manifestations de sensibilisation sur le terrain afin de renforcer la capacité et l'intervention des populations.

  •  

  • Renforcement des pratiques de gestion locales et régionales : il s'agit notamment d'identifier et de réduire les principaux moteurs de la dégradation des systèmes côtiers riches en carbone (urbanisation, agriculture, aquaculture, ruissellements de polluants et de nutriments, drainages et introduction de constructions artificielles), de renforcer les mesures nationales et locales de conservation et de protection des systèmes côtiers à forte teneur en carbone et de mettre en place une restauration des systèmes perdus/dégradés.

     

  •  

  • Renforcement de la prise de conscience internationale des écosystèmes côtiers riches en carbone : par le biais d'organismes internationaux réputés, tels que le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC) et la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (UNFCCC).

     

Les scientifiques ont bien souligné que l'amélioration de la gestion des écosystèmes marins côtiers n'a pas pour objectif de devenir un obstacle au développement économique ou à la production alimentaire des nations, mais qu'il s'agit plutôt d'une stratégie ciblée donnant la priorité à la conservation de zones côtières spécifiques, uniques et riches en carbone, qui font office d'éponges géantes absorbant le CO2 de la planète. Ils recommandent que les nations et les dirigeants prennent pleinement conscience des services vitaux que ces zones humides rendent à l'humanité et qu'ils privilégient leur protection.

« La capacité des zones humides côtières à combattre le changement climatique en capturant et en stockant le dioxyde de carbone est considérable, mais a été trop négligée », déclare Jerker Tamelander, Responsable des Océans et du Changement climatique pour l'UICN. « S'ils sont valorisés et gérés correctement, les écosystèmes côtiers pourront aider de nombreux pays à répondre à leurs objectifs en termes de réduction des émissions, tout en soutenant l'adaptation dans les zones côtières vulnérables. »

Le groupe de travail se réunira à nouveau en août et poursuivra ses études scientifiques collaboratives. Le financement du groupe est assuré par la Fondation Waterloo, la National Aeronautics and Space Administration (NASA) et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE).

###

Pour prendre connaissance de l'intégralité des recommandations des scientifiques, veuillez consulter le site Web suivant : http://www.marineclimatechange.com/marineclimatechange/bluecarbon_recommendations.html

Images disponibles pour téléchargement et utilisation par les médias dûment accrédités : http://www.smugmug.com/gallery/16118332_SGt9F


Pour les demandes d'interviews ou pour plus d'informations :

Kim McCabe
Conservation Internationale
+1 703-341-2546
kmccabe@conservation.org

Borjana Pervan
UICN
+41 22 999 0115
borjana.pervan@iucn.org

Agnès Bardon
UNESCO
+33 (0)1 45 68 17 64
a.bardon@unesco.org


Conservation International (CI)
— Disposant de solides fondations dans les domaines de la science, des partenariats et des manifestations sur le terrain, CI donne aux sociétés le pouvoir de prendre soin de manière responsable et durable de la nature et de notre biodiversité mondiale pour le bien-être de l'humanité. Installé à Washington, D.C, CI est présent dans plus de 40 pays sur quatre continents. Pour plus d'informations, consultez le site : www.conservation.org

UICN, Union Internationale pour la Conservation de la Nature, aide la planète à trouver des solutions pragmatiques aux problèmes les plus pressants en termes d'environnement et de développement. L'UICN travaille sur la biodiversité, le changement climatique, l'énergie, la vie humaine et l'importance d'une économie mondiale « verte » en soutenant la recherche scientifique, en gérant des projets sur le terrain dans le monde entier et en rassemblant des gouvernements, des ONG, les Nations Unies et des entreprises afin qu'ils élaborent ensemble des politiques, des lois et des bonnes pratiques. www.iucn.org

Commission Océanographique Intergouvernementale (COI) La Commission Océanographique Intergouvernementale de l'UNESCO promeut la coopération internationale et coordonne des programmes de recherche marine, de services, de systèmes d'observation, de réduction des dangers et de développement des capacités afin d'en apprendre davantage et de mieux gérer la nature et les ressources des océans et des régions côtières. Grâce à ces découvertes et à l'application des solutions envisagées, la Commission s'efforce d'améliorer les pratiques de gestion et le processus de prise de décision de ses états membres, de promouvoir le développement durable et de protéger l'environnement marin.

Request an Interview

,

,

Related Content